ScoumounMan – Chapitre 2

Une merde n’arrivant jamais seule chez Claude Cadère, deux enveloppes glissèrent ce matin-là par la fente bancale de la boite aux lettres pourrave de son appartement miteux. D’habitude, le postier ne déposait que des factures qu’il avait d’ailleurs du mal à payer. La première lettre lui disait qu’il n’y arriverait plus du tout. Affublé d’un cacheton du service public, l’A4 pliée en 3 lui signifiait la hauteur de ses dettes impayées. Beaucoup trop haute. Impossible à rembourser avec son salaire minable amaigri par la rente gargantuesque versée à son ex-femme, même en l’échelonnant sur plusieurs décennies. Il sourit en reconnaissant sur la deuxième lettre la manie rasoir de sa fille à faire des ronds au lieu de points au-dessus de ses “ i ”. Elle ne lui écrivait généralement que pour lui réclamer de l’argent. Et encore, non. Elle ne lui écrivait pas. Elle le textait. En économisant tant que possible l’effort dactylographique : “Besoin Argt. Quand?”. Là, c’était différent, étonnant. Elle n’aurait pas écrit de ses mains, avec un stylo, timbré une enveloppe et marché jusqu’à une boite pour l’y glisser si c’était pour lui faire parvenir deux mots et demi. Ça sentait mauvais. Ça puait la merde guignarde à mille kilomètres. Pour se donner tant de mal, la nouvelle qu’il s’apprêtait à lire devait vraiment puer du cul. Claude Cadère fronça les sourcils en ouvrant la lettre. La journée avait particulièrement mal commencé. Enfin, elle avait commencé comme toujours, comme tous les autres de jours de sa pitoyable vie, par une mauvaise nouvelle, puis une autre, puis une autre… Cette fois, c’était sous forme de lettres. Claude trembla. Ce n’était pas simplement une mauvaise nouvelle. C’était l’adversité dans son expression la plus pure. Même si l’adresse avait été écrite par sa fille, son contenu n’était pas d’elle. Des lettres découpées dans un journal à sensation formaient un message de menace usé, classique même, mais efficace : “Nous avons ta fille. Apporte 40.000 euros, dimanche midi, au parc des 7 heures. Sinon, ta fille est morte “

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Hit Enter
Follow Us
On Facebook
On Twitter
On GooglePlus
On Linkedin
On Pinterest
On Rss
On Instagram