ScoumounMan – Chapitre 12

Au coin de la rue Foxhalle et de celle du Commerce se trouvait un coiffeur où personne, du reste, ne semblait venir se faire coiffer. Claude y entra, tremblant et transpirant, sans pouvoir sortir un son de sa gorge sèche. Il n’en eut pas besoin. Un malabar écarta les bouts de bambou enfilés qui faisaient guise de moustiquaire et lui fit signe d’entrer. Derrière celui-ci, dans une pièce sombre et enfumée, au milieu de meubles en acajou, de bibelots en or, de représentations précieuses de la Mara, de Rokurokubi et de l’Ahkiyyini, se tenaient debout quatre baraques à frites armées jusqu’aux dents et, assis derrière un bureau de notaire, un homme aux cheveux gominés et au costume satiné dont les mains fourmillant de chevalières clinquantes s’attelaient fièrement aux extrémités de la somptueuse console.

Lui, c’était un vrai méchant. Un méchant de film. Il était tellement méchant qu’il en était irréel. Les méchants de la vraie vie sont méchants pour une raison, parce qu’ils veulent de l’argent, du pouvoir, des femmes, qu’on les admire… Lui, il était juste méchant parce qu’il était méchant. Sans raison. Et en plus, il se trouve qu’il avait de l’argent, du pouvoir, des femmes et qu’on l’admirait.

En lui, était placée l’ébauche des nuisibles, des sadiques et des pervers depuis sa naissance. Ça avait commencé par des blagues gentilles, des farces d’enfants, des classiques : dévisser le bouchon du pot de sel, cacher les rouleaux de papier toilette de réserve, confectionner du poil à gratter avec des baies d’églantier… Puis, il était vite passé au niveau supérieur, avec des facéties de plus en plus sophistiquées et inventives mais, surtout, plus malveillantes. Il récoltait subtilement la morve des patients d’un dispensaire et l’incorporait à la soupe de sa mère pour la rendre malade. C’est certainement ce qui a fini par la tuer. Il usait de son charme, non pas pour séduire, mais pour le simple plaisir de briser des couples. À 16 ans, il avait préparé un plan pour braquer une morgue et dépouiller tous les endeuillés. Plus tard, quand il croisait une femme enceinte, il devait fournir un effort incroyable pour freiner le désir viscéral de lui donner un coup-de-poing en plein sur le nombril, juste pour rire, juste pour faire le mal.

L’occasion de faire le mal que lui donnait Claude était juste magnifique : user d’un désespéré pour aller le plus loin possible dans le vice et par la même occasion, l’enfoncer encore un peu plus. C’était magique.

Contre toute attente et surtout contre ce silence qui commençait à devenir pesant pour lui, Claude pris la parole.

  • C’est vous qui m’avez mis dans cette chambre ?
  • Pas moi. Un de mes hommes.
  • Pourquoi ?
  • Parce que j’ai besoin de mecs comme toi, des mecs qui n’ont rien à perdre… ou tout à gagner.

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